Prendre l'avion pour rentrer de vacances, c'est sympathique. Mais, pour les fumeurs, rester des heures assis sans le moindre espoir d'en griller une est un supplice.

En général, il y a toujours un moment où le fumeur se met à fantasmer sur l'affichage clignotant des toilettes en regrettant d'être bien élevé. Et, lorsque les roues touchent enfin le tarmac, l'empressement qu'il met à rassembler ses affaire ne trahit qu'une seule chose : l'irrépressible désir de s'extraire de l'avion, d'en finir avec les bagages, de courir à la première sortie et de rejoindre enfin l'air libre pour s'en allumer une. C'est là une nouvelle souffrance indicible. Comme chacun sait, les bagages mettent toujours un temps fou à arriver. Et, celui du fumeur est invariablement le dernier à faire son apparition sur le tapis roulant.

C'est donc en faisant appel à tout mon sang-froid que je me lève de mon siège pour rejoindre lentement le corridor de l'aéroport. Je sais que je ne suis pas sortie de l'auberge. Et ma voisine de devant n'en pense pas moins. Elle a déjà son paquet dans la main. Vous imaginerez donc aisément ma surprise lorsque je découvre, à mi-chemin, avant les maudits tapis de bagages, un petit panonceau orné d'une cigarette. Une zone fumeur. Là. Juste sur ma droite. Et pas l'un de ces aquariums à extracteur qui donnent envie de se mettre à chiquer. Non. Un patio à l'air libre, avec un coin de ciel bleu et des plantes verdoyantes. Un petit paradis. Spécialement pour moi. Entre ciel et terre. Aménagé avec amour par les architectes d'Orly Sud. Des architectes fumeurs, cela va de soi, qui m'offrent le plaisir incroyable de déguster deux petites choses ridicules et terriblement apaisantes. Cette chère cigarette de fin de voyage et le sourire complice de ma voisine de devant.

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